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Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /Avr /2008 09:40

COMMUNAUTÉ URBAINE.-- élu président de la CUB en juillet dernier, Vincent Feltesse devrait ce matin être reconduit. Décalé, le maire de Blanquefort, à 41 ans, est désormais un des hommes forts du PS

Le lunaire a les pieds sur terre

:Maryan Charruau

 

«Comme toujours, il y a plusieurs raisons. » Dans la bouche de Vincent Feltesse, cette formule est récurrente. L'homme est complexe, pluriel, décalé. Déjà, ses 1,93 m imposent une certaine distance. Il en joue, tout comme de sa manière de se vêtir. « Il est sapé comme un sac », s'agace un de ses proches. En effet, il n'est pas toujours très classe, avec ses baskets assorties au costard cravate. Une cravate dont il se défait souvent. Comme de ses chaussures, qui paraissent également lui peser. « J'aime bien me sentir libre », reconnaît-il, son inusable duffle-coat sur le dos. Un attifement plus étudié qu'on peut le penser. « Auprès des électeurs, ça marche. D'ailleurs, allez voir aux USA comment les gens s'habillent ! »
Vincent Feltesse voue une passion sans bornes aux voyages. « J'irai voir tous les pays du monde. J'en ai déjà visité près de la moitié. » Il porte un goût immodéré pour le Japon où il retournera cet été. « Il s'est passé quelque chose entre ce pays et moi. Pas seulement pour le côté zen. » En une fraction de seconde, Vincent Feltesse est sur son nuage. Ailleurs sans être absent.
« Il n'a pas la tête dans la lune mais les pieds bien sur terre, relève une de ses collaboratrices. Il est carré. Il connaît bien les enjeux. C'est un fin politique même s'il n'en a pas l'air. Il a une idée par minute. C'est motivant de travailler avec lui. »
« Vincent est un peu dilettante, ajoute un ancien membre du cabinet Rousset à la Région. Il fait bizarre quand tu le vois marcher dans la rue. En fait, il oublie qu'il marche ! »


Du sang-froid. En déambulant dans les rues de Bordeaux, le maire de Blanquefort se préparait hier mentalement à son discours d'investiture à la présidence de la Communauté urbaine. Ce matin, normalement, les élus de la CUB doivent lui renouveler leur confiance au poste de président.
Sans prononcer le nom de Vincent Feltesse, même Alain Juppé a dit vendredi dernier qu'il soutiendrait « le candidat de gauche ». Là où Alain Rousset avait échoué en 2001, Vincent Feltesse est parvenu à un terrain d'entente avec le maire de Bordeaux. « C'est un costaud, Vincent, explique Noël Mamère, le maire de Bègles. Il a du sang-froid. Il en faut face au fauve Juppé. Mais il n'est ni impressionné ni fasciné. Il est assez symbolique d'une nouvelle génération. »

« Il s'est passé quelque chose entre le Japon et moi. Pas seulement pour le côté zen »

« Il a fallu que je me prépare, confie l'intéressé. Car je connais mon principal défaut : je peux vite être agressif. » De son enfance, Vincent Feltesse tient cette capacité à mordre le premier. Un mot. Un geste. Un regard. Le coup est parti. Né en 1967, à Beauvais dans l'Oise, il a vu son père, riche, prendre ses distances avec les siens au moment de la séparation de ses parents. Avec sa mère et sa s?ur, direction Saint-Denis pour la cité Allende. « Dans la banlieue d'alors, il n'y avait pas cette violence d'aujourd'hui, raconte-t-il. Certes, nous vivions entourés de grands ensembles, mais il y avait de l'espace dans les appartements. C'était plutôt bien, hormis le fait d'être loin de tout. Pour tout, il fallait prendre le bus. »
Tout en apprenant à défendre son territoire, il découvre après cette rupture une famille maternelle engagée, communiste. Les études marchent bien : HEC, DEA d'histoire contemporaine, mémoire sur les intellectuels de droite, nègre, journaliste à la filiale internet de « Libé »? Enseignant au lycée Port-Vila, au Vanuatu (Mélanésie), il est rapatrié sanitaire. à Sciences-po, il côtoie Jean-Noël Jeanneney qui le conseille à Alain Rousset, alors 1er vice-président du Conseil général.


Pas assez tueur. « À l'époque, je n'ai pas de boulot, précise-t-il. Mon amie est enceinte du premier de nos trois enfants. On y va. Oui, une grande part de ma vie est due au hasard », insiste Vincent Feltesse. En 1997, Daniel Vaillant l'appelle dans son ministère à Paris. « J'ai appris à voir comment on mettait de l'huile dans les rouages entre les différents partenaires et forces politiques », note Vincent Feltesse.
Il croit alors avoir dit adieu à la Gironde. Mais en 1998, Alain Rousset gagne l'Aquitaine. Il lui confie le poste de directeur de cabinet et souligne que « Vincent est un fidèle. Il n'a pas de certitudes. Il sait manier les compétences. C'est un homme de synthèse. Un mec sain. Il n'entre ni dans les courants ni dans les combines. Il peut paraître désinvolte mais ne l'est pas. Important, le pouvoir n'amène pas chez lui de posture ».
« Il n'a rien d'un technocrate, dit pour sa part Philippe Madrelle, président du Conseil général. C'est un bosseur pas prétentieux. Je l'ai vu au sortir d'une longue réunion du PS partir à une énième réunion Tupperware. Ses succès aux municipales, il a été les chercher. C'est une belle mécanique intellectuelle qui aime les choses publiques. »

« Le pouvoir n'amène pas chez lui de posture »

Un proche de Vincent Feltesse nuance : « C'est un oiseau rare de 3e type au profil dissonant. Mais ce n'est pas un pro de la politique. Je ne le sens pas assez tueur. C'est un intello. Quand on rentre chez lui, on ne peut pas rater sa bibliothèque de 200 m2 ». L'intéressé réplique : « Je suis un fondu de lecture. C'est comme pour Internet ».
Une passion devenue un TIC, synonyme de nouvelles technologique d'information et de communication dont il est le secrétaire fédéral au Parti socialiste. « Je ne connais rien aux logiciels. Je suis impressionné par Internet dont on ne connaît pas les limites », souffle-t-il en regardant son fidèle Blackberry.
« Il est un peu cassant parfois avec la majorité, affirme Marc François, chef de file de l'opposition de Blanquefort. Nous sommes parfois mieux traités que les siens. Il est plus à l'aise avec les dossiers que dans les rapports humains. » Néanmoins, après avoir éjecté le maire sortant Louis Fournier en 2001, avec 56 % des voix, il a obtenu 64 % des suffrages en mars dernier.
Vincent Feltesse reste discret sur ses ambitions politiques. Au moment des législatives de 2007, quand le PS lui a préféré Pascale Got, il a failli tout arrêter. Quoi après Blanquefort et la CUB ? à 41 ans seulement, Vincent Feltesse paraît déjà comme un des hommes forts du PS en Gironde. Mais ne mésestime pas le poids de ce qu'il appelle le hasard en politique.

Par gauche rassemblée - Publié dans : Infos CUB
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